Ottawa (Ontario) – Aujourd’hui, Shuvaloy Majumdar, ministre du Cabinet fantôme conservateur responsable des Relations entre le Canada et les États-Unis, a envoyé la lettre suivante au premier ministre Mark Carney pour lui demander de présenter un plan afin de faire éliminer les tarifs et négocier une victoire pour les Canadiens :

Monsieur le premier ministre,

Cette semaine, le président Donald Trump a imposé une nouvelle série de tarifs injustifiés visant les travailleurs et les industries du Canada. Les Canadiens en ont assez des menaces constantes, des tarifs sur nos produits, et des tentatives de prendre notre relation en otage.

Nous méritons un meilleur traitement de la part de nos voisins, et les conservateurs sont là pour lutter contre ces tarifs, pour se battre pour les Canadiens et pour travailler ensemble afin de rendre notre pays maître chez lui et nous donner un levier de négociation à l’étranger.

Nous avons besoin d’un plan pour lutter contre ces tarifs avant leur entrée en vigueur, et les Canadiens méritent de voir votre plan pour faire annuler ces tarifs, ramener le Canada à la table des négociations et rétablir le commerce sans tarifs.

Les Canadiens vous ont accordé un niveau de liberté d’action sans précédent pour faire face aux tarifs américains. Les premiers ministres des provinces, les dirigeants d’entreprises et de syndicats, et même l’opposition, sous ma direction, ont adopté une approche Équipe Canada et ont offert de vous aider à faire lever ces tarifs et à conclure un accord par tous les moyens possibles.

Il y a quatorze mois, vous avez été élu sur la promesse de « gérer Donald Trump » et de négocier « une victoire ». Après votre premier appel avec le président, vous avez promis « d’entamer des négociations globales sur une nouvelle relation économique et de sécurité immédiatement après les élections ».

Nous avons tous présumé que vous aviez un plan. Car, deux mois plus tard, lors du sommet du G7 à Kananaskis, vous avez répété votre promesse de « gérer Donald Trump », de « négocier une victoire » et d’obtenir un accord d’ici le 21 juillet 2025.

Cette échéance remonte à plus d’un an. Il n’y a toujours pas d’accord. Au contraire, la situation n’a fait qu’empirer. En retour, vous n’avez rien dit aux Canadiens depuis plus d’un an au sujet des négociations. Lorsque des journalistes vous posent des questions légitimes sur les tarifs, vous répondez de manière désinvolte, en disant par exemple « on s’en fout » ou « je vous tiendrai au courant ».

Vous avez laissé croire que vous aviez une stratégie interne et confidentielle simplement pour éviter d’alerter vos homologues américains. Mais si vous en avez une, vous ne l’avez certainement pas partagée avec les premiers ministres des provinces, les députés de l’opposition ni, plus important encore, les Canadiens.

Depuis que vous êtes devenu premier ministre en promettant des victoires, les tarifs américains sur notre acier et notre aluminium ont doublé et ont été élargis pour inclure presque tous les produits qui contiennent de l’acier canadien. Les tarifs sur le bois d’œuvre canadien ont triplé pour atteindre 45%. Des usines de sciage ont fermé, des travailleurs de l’automobile ont perdu des quarts de travail et 37 800 travailleurs du secteur manufacturier ont perdu leur emploi cette année.

À chaque étape, le président Donald Trump a exigé de plus en plus de concessions alors que notre pays ne reçoit rien, si ce n’est d’autres attaques contre nos travailleurs, nos industries et le gagne-pain des Canadiens. En réponse, vous avez cédé à chacune des exigences du président Donald Trump : de l’abandon de la taxe sur les services numériques et de la « taxe Netflix », à l’annulation de nos tarifs de rétorsion, jusqu’à la promesse d’atteindre son objectif de dépenses militaires.

Récemment, vous avez fait la concession scandaleuse d’offrir aux États-Unis la moitié des revenus nets du pont international Gordie-Howe, même s’il a été entièrement construit avec l’argent des contribuables canadiens en vertu d’un accord antérieur garantissant à notre gouvernement la totalité des recettes de péage jusqu’au remboursement de la dette de construction.

Qu’avez-vous obtenu en retour de cette série sans fin de capitulations ? Rien.

Au même moment, votre gouvernement a refusé de se présenter à la table des négociations, pendant que les Mexicains et les Américains règlent des enjeux importants sans le Canada. Votre gouvernement n’a même pas pris la peine d’envoyer un représentant à des audiences cruciales pour s’opposer aux nouveaux tarifs imposés cette semaine en vertu de l’article 301.

Pour être clair, votre absence à la table des négociations ne peut pas faire partie d’une stratégie de négociation ferme, parce qu’elle a coïncidé avec concession après concession. Comme vous l’avez dit vous-même : « si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». Sous votre direction, le Canada est au menu. Tout cela s’inscrit dans une longue habitude de créer l’illusion que vous tiendrez tête au président Donald Trump, mais au moment de vérité, vous avez cédé notre levier de négociation pour apaiser le président, puis induit les Canadiens en erreur sur ce qui s’est réellement passé.

En janvier, vous avez déclaré que le Canada était « en pleine rupture, et non en transition » dans nos relations avec les États-Unis. Vous avez dit que le Canada ne pouvait pas « vivre dans le mensonge » selon lequel une intégration plus poussée apportait toujours des bénéfices mutuels lorsque « l’intégration devient la source de votre subordination »

Vous avez mis en garde contre « un monde fait de forteresses », affirmant qu’il serait « plus pauvre, plus fragile, moins durable », semblant exclure l’idée d’une forteresse Amérique du Nord.

Puis, en mai, vous avez dit devant un public à Toronto que « le Canada reste ouvert à une intégration plus poussée, y compris à des options pour une forteresse Amérique du Nord ». Vous êtes allé encore plus loin lors de votre discours à New York, affirmant qu’« un Canada fort contribuera à redonner sa grandeur à l’Amérique ».

Sommes-nous en rupture avec les États-Unis en nous renforçant pour résister à notre subordination, ou poursuivons-nous une intégration plus poussée pour « redonner sa grandeur à l’Amérique »? La « forteresse Amérique du Nord » est-elle une idée dangereuse qui nous rendrait plus pauvres et plus faibles, ou est-elle désormais votre politique ?

Pendant ce temps, lorsque votre ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles a suggéré que le Canada devrait utiliser ses ressources comme levier de négociation, en disant aux Canadiens : « Je veux que nos secteurs de l’énergie et des ressources naturelles soient stratégiquement mis à contribution comme les meilleurs atouts du Canada dans la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. »

Une semaine plus tard, vous avez rejeté l’approche de votre ministre, en déclarant : « Je rejette cette interprétation selon laquelle il s’agirait d’un moyen de pression. » Alors, nos ressources énergétiques et naturelles sont-elles nos meilleures cartes dans les négociations, ou ne sont-elles aucunement un levier de négociation ?

Les 2,6 millions de Canadiens qui dépendent du commerce avec les Américains ont besoin d’un plan qui leur apportera un répit, et non de contradictions constantes qui tentent de faire diversion de vos concessions et échecs sans fin. Nous avons besoin de réalité, pas de plus d’illusions.

Cela m’amène à la raison de la lettre d’aujourd’hui : je vous demande de présenter votre plan aux Canadiens. Les conservateurs ont réclamé une réunion d’urgence du Comité permanent du commerce international la semaine prochaine. Nous exigeons que votre gouvernement dépose un plan écrit lors de ces audiences au cours des deux prochaines semaines afin de faire lever les tarifs et de négocier une victoire pour notre population et nos travailleurs à la table des négociations, comme vous l’avez promis.

En mars de l’année dernière, vous avez dit qu’il « faut un plan ». Plus d’un an et demi plus tard, il est grand temps de présenter le vôtre.