Ottawa (Ontario) – En réponse aux doutes émis hier par un député libéral au sujet du travail forcé des Ouïghours devant le Comité permanent de l’industrie et de la technologie, l’honorable Michael Chong, ministre du Cabinet fantôme conservateur responsable des Affaires étrangères, a envoyé une lettre au premier ministre Mark Carney pour lui demander de clarifier sa position :

Monsieur le premier ministre,

« Pour un gouvernement ouvert et responsable, 2015 » est un document névralgique du gouvernement disponible sur le site Web www.pm.gc.ca. Il stipule : « En sa qualité de chef du gouvernement, le premier ministre est investi de responsabilités particulières touchant la sécurité nationale, les relations fédérales‑provinciales-territoriales et la conduite des affaires internationales. »

En votre qualité de chef du gouvernement ayant une responsabilité particulière en matière de conduite des affaires internationales, votre position sur le travail forcé des Ouïghours en République populaire de Chine (RPC) doit être clarifiée de toute urgence.

Hier, lors d’une réunion du Comité permanent de l’industrie et de la technologie, un député libéral, le même qui vous a accompagné lors de votre récente visite en RPC, a laissé entendre que le travail forcé des Ouïghours n’avait pas lieu en RPC. Cela s’est produit lors de l’interrogatoire de Mme Margaret McCuaig-Johnston, professionnelle en résidence à l’Université d’Ottawa et ancienne fonctionnaire au Bureau du Conseil privé (BCP), au sujet de votre récente décision d’ouvrir le marché canadien aux véhicules électriques fabriqués en RPC.

Cette insinuation a eu lieu alors même que de nombreux organismes ont conclu qu’un génocide, incluant le travail forcé, est en cours contre les Ouïghours en RPC. De plus, il y a eu adoption d’une motion à la Chambre des communes en 2021 reconnaissant le génocide des Ouïghours. En réponse à l’adoption de cette motion, le gouvernement du Canada a imposé des sanctions à une entité chinoise et à quatre responsables chinois du Xinjiang pour violations flagrantes des droits de la personne, sanctions qui sont toujours en vigueur aujourd’hui.

En matière de droits de la personne à l’échelle internationale, le BCP a déposé un document au Parlement il y a deux semaines en réponse à une question inscrite au Feuilleton, dans lequel il était indiqué que « les questions relatives aux droits de la personne et à l’ingérence étrangère n’ont pas été abordées de manière proactive par le premier ministre canadien » lors de sa rencontre avec des responsables de la RPC. Votre bureau a alors affirmé qu’il y avait une erreur dans le document du BCP et que ce dernier allait « redéposer » le document.

Ce document révisé indiquait : « Lors de son séjour à Pékin, le Canada a fait part de sa position sur des sujets de préoccupation, notamment les droits de la personne, de manière proactive à plusieurs niveaux, y compris par le Premier ministre auprès de ses homologues. » Les divergences quant au contenu des discussions qui ont eu lieu lors de vos rencontres avec les responsables de la RPC n’ont pas été résolues de manière satisfaisante.

Ces récentes déclarations, tant de la part d’un député libéral que de votre Cabinet, concernant les droits de la personne en RPC soulèvent une question légitime quant à la position réelle du gouvernement libéral sur le travail forcé des Ouïghours.

Il s’agit d’une question sérieuse, dont la réponse a des conséquences importantes, non seulement sur la position du Canada en matière de droits de la personne à l’échelle internationale, mais aussi sur le commerce international du Canada.

Le Canada est tenu, en vertu de traités internationaux, de lutter contre le travail forcé, y compris au titre d’obligations découlant d’accords commerciaux qui, si le Canada venait à les enfreindre, pourraient compromettre son accès aux marchés de ses principaux partenaires commerciaux.

Votre position sur cette question a également des répercussions directes sur la population canadienne. Des Canadiens issus de la communauté chinoise ont été victimes de menaces et d’intimidation de la part de la RPC pour le simple fait d’avoir exprimé leur opinion sur ces enjeux. Beaucoup s’inquiètent également pour leurs familles restées en Chine, qui pourraient subir des représailles ou des sanctions de la part du gouvernement chinois.

Compte tenu de tout cela et de votre responsabilité particulière dans la conduite des affaires internationales, votre position sur le travail forcé des Ouïghours en RPC doit être clarifiée de toute urgence. Estimez-vous que le travail forcé des Ouïghours a été et est toujours utilisé en RPC ? Avez-vous abordé de manière proactive l’enjeu des droits de la personne avec les responsables chinois lors de votre récente visite ? Êtes-vous déterminé à faire respecter l’ordre international fondé sur des règles, y compris nos accords commerciaux, qui exige que le gouvernement empêche l’importation de produits fabriqués par du travail forcé ?

Ces questions importantes concernant la conduite des affaires internationales nécessitent une clarification urgente.